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Le lieutenant d’aviation Colborne
et son équipage avaient été
dépêchés pour renforcer
la protection aérienne du convoi
ON-166, menacé par une meute de 18
U-boote. Avant de rejoindre le convoi, Colborne
aperçut le U-604 qu’il attaqua
aussitôt. Contrairement à ce
que l’équipage a cru, le sous-marin
s’échappa et le capitaine du
U-boot fit le rapport suivant à sa
base : « Les deux compresseurs ont
été arrachés; les essieux
de transmission ont été faussés
dans la direction axiale; l’embrayage
diesel cogne; les embrayages principaux
ne peuvent plus être débrayés;
le principal réservoir de ballast
a une fissure de 50 cm; les conduits du
réservoir prennent l’air très
rapidement. Nous avons dévié
de 50 degrés pour effectuer des réparations.
» Le récit ci-dessous est tiré
des archives de l’ARC.
Récit de l’attaque d’un
U-boot par le lieutenant d’aviation F.C.
Colborne, 24 février 1943
On m’a demandé un récit
complet de mon attaque contre un sous-marin
ennemi le 24 février 1943. Pour cela,
il me faut remonter à la nuit précédente.
Notre escadron avait eu son premier «
smoker » le soir du 23 et, naturellement,
tout mon équipage était là.
Nous savions qu’une dure journée
nous attendait et que nous ne pouvions participer
à la fête, ou, en tout cas,
rester très tard. Après m’être
assuré que tous mes gars étaient
rentrés à leurs quartiers,
j’allai moi aussi me coucher.
J’ai eu beaucoup de mal à
dormir, comme cela arrive parfois la veille
d’une patrouille. C’était
un départ de nuit avec au moins trois
heures de vol dans l’obscurité,
et le cap sur le large. Quel temps ferait-il?
Comment serait la mer? Trouverions-nous
le convoi? Je retournais toutes ces pensées
dans ma tête et mon sommeil était
agité.
À 3 heures, le téléphone
sonna; c’était le centre des
opérations. Il fallait se lever!
Je réveillai mon navigateur, fis
ma toilette, me rasai, m’habillai,
et allai déjeuner. Les gars du transport
étaient arrivés au mess, et
à 3 h 45 nous amenèrent, le
navigateur et moi, au centre des opérations.
C’est au « Ops » qu’on
reçoit le briefing. On nous donne
nos ordres pour la patrouille, et toutes
les informations sur « notre convoi
», sa position, sa route, sa vitesse.
Les services du renseignement ont aussi
de l’information : il y a une vingtaine
de sous-marins en meute qui harcèlent
le convoi. Sept navires ont été
coulés pendant la nuit et le convoi
qui vient juste d’arriver à
portée de notre couverture aérienne
a vraiment besoin de notre protection. Les
distances sont considérables et il
va falloir que notre navigation soit très
précise, car nous ne pouvons demeurer
là que deux heures et demie avant
que le risque de manquer de carburant ne
nous force à rentrer à la
base. Et ce n’est pas toute l’histoire
: qu’en est-il de la météo?
Notre visite à l’officier
météo (surnommé «
le gars à la boule de cristal »)
nous a appris qu’entre nous et le
convoi, il y avait deux cents milles de
brouillard puis un plafond de strato-cumulus
entre 1 000 et 2 500 pieds, et finalement,
à l’approche du convoi, une
grande zone de haute pression, ce qui voulait
dire du beau temps avec probablement un
plafond et une visibilité illimités.
De ces indications, il nous apparut que
la seule route était de passer par-dessus
les nuages et de naviguer aux étoiles.
Nous avons reçu nos ordres et notre
équipement, puis on nous reconduisit
aux hangars.
Quand nous sommes arrivés, les autres
gars de l’équipage avaient
préparé l’appareil et
étaient fins prêts. Les moteurs
chauffaient, les gars à leur poste
vérifiaient les instruments, la radio
et les armes. J’étais content
que ce soit le numéro 9738 parce
que c’était ce zinc-là
qu’on avait lors de notre première
attaque, et on s’y était attachés.
À cinq heures, nous étions
dans les airs. Nous avons établi
notre route de l’aéroport jusqu’au
convoi. À partir de là, c’était
un vol de routine : le navigateur occupé
à nous rendre à bon port,
le radio-mitrailleur à son poste,
à l’écoute des messages
qui pourraient nous parvenir de la base,
le mécanicien affairé à
tirer des moteurs le maximum de puissance
pour le minimum de carburant. Tout était
calme et le vol fut sans histoires jusque
vers 12 h 45 G.M.T. (heure du méridien
de Greenwich), lorsque nous avons reçu
un message de la base nous avisant qu’un
navire marchand avait été
torpillé et que six sous-marins avaient
été aperçus à
80 milles à l’est du convoi
selon les estimations. Nous avons changé
de cap! Tout le monde était en alerte.
Et puis c’est arrivé!
Nous étions à 3 000 pieds
d’altitude quand j’ai vu le
U-boot à six milles devant, un peu
à gauche. Comme le gars de la météo
l’avait annoncé, c’était
une journée sans nuages, donc pas
de cachette! Pas de possibilité de
le surprendre! Je mis plein gaz et commençai
à piquer pour prendre de la vitesse.
Le copilote, le sergent Duncan, donna le
signal d’alarme au reste de l’équipage
et se prépara à prendre des
photos de l’approche. J’étais
certain qu’on ne pourrait jamais le
rejoindre à temps. Mais il devait
faire la sieste… Duncan prit deux
photos de notre approche.
L’approche semblait durer des heures.
Pourquoi ne plongeait-il pas? Il devait
pourtant bien nous voir… Je commençais
à craindre qu’il ait décidé
de nous livrer un duel d’artillerie.
Serions-nous capables de résister
à sa puissance de feu supérieure?
Jusqu’où devais-je aller avant
de faire une manœuvre d’évitement?
Je n’ai pas eu à prendre la
décision, la bouffée de fumée
blanche m’indiqua que le sous-marin
s’apprêtait à plonger
en vitesse.
Mais il était trop tard : nous volions
à 200 milles à l’heure
– trop vite – et nous étions
à 800 pieds – trop haut! Je
coupai les gaz, piquai du nez et attaquai.
Je relançai les gaz à proximité
du sous-marin, puis ce fut le moment de
larguer les grenades sous-marines. Tous
les pilotes savent d’instinct au moment
de presser le bouton si l’attaque
portera fruit ou non. J’étais
content! Le canon avant, le kiosque et toute
la poupe du sous-marin étaient visibles
lorsque nous sommes passés au-dessus.
Après, un bref virage à gauche
pour donner au photographe l’occasion
de prendre ces images qui sont si importantes
pour déterminer les résultats
d’une attaque! En virant, je pouvais
voir au travers de l’eau qui retombait
après les explosions, ce qui semblait
être le kiosque, ballotté dans
les tourbillons. Il s’enfonça,
puis un grand nombre de bulles montèrent
à la surface en bouillonnant. Cela
dura dix minutes, puis la tache d’huile
sur toute la surface, et des débris
flottants.
Nous sommes restés aux environs
pour presque une heure avant de rentrer
à la base. C’était un
long trajet, près de sept heures,
mais nous étions contents!
Nous avons mangé une bouchée
sur le chemin du retour et le reste du vol
fut tranquille, ponctué par des cris
de joie et des chansons.
À notre retour, nous nous sommes
tous rapportés à l’officier
de renseignement pour raconter notre histoire
et faire développer nos photos. Elles
étaient très bonnes et seront
un souvenir durable de la plus belle journée
de notre vie.
Récit de l’attaque par
l’aviateur de 1e classe, le mécanicien J.
Watson
Alors que je me préparais à
aller à un « smoker »,
j’ai rencontré un aviateur
qui m’a appris qu’on faisait
une patrouille tôt le lendemain matin.
Mon boulot dans l’équipe, c’est
deuxième mécanicien, ce qui
veut dire que même quelques verres
de bière, c’était de
trop, ce qui m’a vraiment découragé
parce que j’avais soif!
J’ai laissé tomber le «
smoker » et je suis allé dormir
quelques heures. Avec le 1er mécanicien,
le sergent Thomson, on s’est occupé
des préparatifs nécessaires
avant le décollage. Après
avoir vérifié les moteurs,
j’ai vérifié que tout
le monde était là et fermé
le cockpit.
On s’est rapidement élancés
sur la piste et puis on s’est envolés,
laissant derrière nous notre bière
et nos lits douillets. On est passés
au-dessus des côtes sauvages de Terre-Neuve
et c’est une mer très calme
qui nous attendait, ce qui aide énormément
pour repérer les sous-marins.
Puis, quand le copilote, le sergent Duncan,
a crié tout énervé
« sous-marin », je me suis mis
debout immédiatement et j’ai
ouvert la bulle. Le sillage blanc du sous-marin
sur les flots verts était fascinant,
alors qu’il fendait la surface de
la mer comme une balle sortie de l’enfer.
J’ai tout de suite détaché
la mitrailleuse pendant que le sous-lieutenant
Erving et le sergent Blain arrivaient de
l’avant de l’avion avec l’appareil
photo. Puis, je me suis rendu compte qu’ils
seraient dans mon chemin parce que je mourais
d’envie de m’essayer au tir
sur un des joujoux d’Hitler.
Le capitaine, le lieutenant Colborne, a
mis les gaz à fond, et en regardant
les ailes qui vibraient, je me suis dit
que cette fois, on était cuits! Le
sous-marin étant toujours en surface
et l’appareil qui s’approchait,
je me suis préparé au combat;
je croyais qu’il aurait assez de courage
pour rester en surface et nous en donner
pour notre argent. Mais le navigateur qui
croyait que les photos étaient très
importantes m’a, en quelque sorte,
écarté de la mitrailleuse
pour pouvoir prendre des images. Le navigateur,
malgré le vent violent, tout énervé,
a fait une tentative désespérée
pour avoir une photo du sous-marin émergé
au complet. Si ce n’avait été
du sergent Blain qui l’a agrippé
par les jambes et l’a tiré
dans le cockpit, il aurait été
emporté hors de l’avion! Quand
j’ai vu la taille des canons sur le
sous-marin, j’ai hésité
entre laisser le navigateur s’envoler
pour pouvoir utiliser la mitrailleuse, ou
bien le laisser prendre ses photos. Comme
on est du même équipage, je
lui ai donné le bénéfice
du doute…
L’appareil s’approchait à
pleine vitesse; un mouvement du sous-marin
me laissa croire un instant qu’il
allait plonger mais qu’il savait qu’il
n’avait pas beaucoup de chances, et
cela me soulagea un peu. La surface de l’eau
se rapprochait à une vitesse affolante
et je me demandais si nous pourrions nous
redresser en fin de piqué. À
ce moment, les grenades sous-marines furent
larguées et je cessai de songer au
danger.
J’ai suivi du regard la grenade qui
tombait et il m’a semblé qu’elle
avait frappé juste à l’avant
du kiosque du sous-marin. Ensuite il nous
fallu regarder en arrière parce qu’on
plongeait à une vitesse terrifiante,
puis ce fut l’explosion des grenades.
L’eau jaillit dans les airs et sembla
rester là, suspendue à cent
pieds de hauteur pendant quelques secondes.
Et comme la gerbe blanche retombait, le
radio-mitrailleur largua des marqueurs pour
que nous puissions repérer l’endroit
et le navigateur continua à prendre
des photos.
Le capitaine fit virer l’appareil
et revint au-dessus du lieu de l’attaque
que l’on voyait bien à cause
des bulles d’air qui montaient et
des taches d’huile, suivies par des
débris d’objets de couleur
claire, qui semblaient de la même
couleur que le kiosque. Le danger était
passé et le joujou d’Hitler
était en miettes. Tout l’équipage
était heureux et nous avons continué
nos occupations en essayant de voir ce qui
aurait pu être amélioré
dans cette attaque.
Après avoir survolé l’endroit
pendant une heure, et que le radio ait pris
des photos des bulles, nous avons quitté
la position et commencé le voyage
de retour vers la base. On avait fait tout
ça le ventre vide, aussi le capitaine
me demanda de préparer un repas chaud
qui a vraiment fait du bien! Je me demande
: si on avait mangé avant, est-ce
qu’on aurait fait du meilleur travail,
comme les ramener vivants par exemple?
Nous n’avons pas perdu de temps pour
rentrer à la base : nous étions
fiers de ce que nous avions faits et prêts
à nous vanter un peu auprès
des autres en leur racontant comment on
avait eu notre homme. En approchant de la
base, nous avons rapidement eu la permission
de nous poser et une foule enthousiaste
s’était rassemblée auprès
des hangars.
On a raconté l’affaire à
l’officier de renseignement, puis
après cela, un café et des
sandwiches en attendant de voir les photos
qu’on a prises. De là, au baraquement
pour un repos bien mérité,
prêts à recommencer. Comme
disent les Américains : « On
l’a fait, on peut le refaire! »
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