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19 juillet 1944, mercredi,
Linton.
Le
commandant W.A. Bentley donne
un briefing aux équipages
des 431e et 434e escadrons, à
Croft, en octobre 1944. Les sourires
et l’attitude détendue,
de mise pour la photo, disparaîtront
sans doute quand les aviateurs
apprendront les détails
du plan de vol vers Essen. |
| Service
d’imagerie de la Défense
nationale, PL 33941. |
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J’ai assisté à deux
briefings hier, probablement la journée
la plus intéressante depuis que je
suis ici. Le premier portait sur le raid
de mille avions contre Caen, qui va ouvrir
la voie à une nouvelle offensive,
le second était sur une usine d’huile
de synthèse à Wesselring en
Allemagne, à l’extrémité
sud de la Ruhr, que les bombardiers appellent
ironiquement « Happy Valley ».
Après le souper de minuit au centre
d’opérations, les équipages
sont passés dans la salle d’interrogatoire
pour leurs briefings, en silence, par groupes
de deux ou trois. On n’entendait ni
plaisanteries ni bons vœux. Les gars
sont sortis, comme ça.
En attendant le briefing, ils vérifient
le contenu de leurs casiers dans la baraque.
Ils entrent ensuite dans la grande pièce
tout illuminée. La tête tournée
vers la gauche pour voir sur la grande carte
qui couvre le mur à l’avant
le trajet et les cibles qui leur ont été
assignés. Le trajet aller et retour
est marqué par du ruban adhésif
de couleur, avec des flèches qui
montrent la route à suivre depuis
la base en Angleterre, puis au-dessus de
la Manche, et au-dessus de Caen, et après
un virage serré on rentre à
peu près par la même route.
Les gars sont tout sourires; ils sont une
centaine ou à peu près (16
Halifax). Ils quittent la salle pour prendre
place sur les bancs devant les tables. Le
fait de savoir qu’ils travaillaient
avec et pour l’infanterie canadienne
a fait de leur dernier raid sur Caen l’opération
la plus excitante que la plupart d’entre
eux aient connue.
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Les équipages du
425e escadron montent à
bord d’un camion qui les
conduira à leurs Wellington,
sur la base de Dishforth.
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| Service
d’imagerie de la Défense
nationale, PL 10811. |
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| Le
pilote Gérard Pelland prépare
son Halifax pour le décollage,
East Moor, 2 avril 1945. |
| Album
Gérard Pelland, avec l’autorisation
de la famille Pelland. |
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Une heure du matin : l’officier responsable,
le commandant Bill Hales, monte sur l’estrade,
impose le silence sans avoir besoin de dire
un mot, puis fait l’appel des capitaines.
L’officier du service météo
prend alors la parole et explique rapidement
les formations nuageuses et les vents qu’ils
risquent de rencontrer à l’aller
et au retour. Il demande s’il y a
des questions; puis redescend et quitte
la salle. L’officier responsable reprend
la parole et décrit l’importance
de l’opération dans une zone
qui est à un mille seulement de nos
propres troupes.
L’officier de renseignement, le capitaine
d’aviation Walton, entre et prend
tout de suite la parole. Il décrit
la cible en détail, le 6e Groupe
ayant trois cibles formant triangle dans
un rayon de trois milles. Il insiste sur
la nécessité d’éviter
de viser trop court pour ne pas atteindre
nos troupes. Il faut éviter soigneusement
Londres...
L’officier de renseignement discute
ensuite de la tactique, de la vitesse et
de l’altitude à observer aux
diverses étapes de la mission.
La réunion prend fin après
45 minutes, les navigateurs demeurent pour
terminer les calculs qu’ils ont entrepris
lors de leur propre réunion une demi-heure
avant le briefing principal.
Dans le vestiaire, les gars prennent leurs
rations d’urgence et les enveloppes
de devises étrangères, juste
au cas… Ils enfilent leurs gilets
de sauvetage et leurs harnais de parachute,
plusieurs mitrailleurs arrière mettent
aussi leurs combinaisons de vol bien qu’ils
ne seront vraiment en altitude élevée
qu’une fois au-dessus de la cible.
Chacun sort et attend d’être
conduit jusqu’à son «
zinc ».
Plus tôt ce soir-là, il y
avait eu un spectacle de l’ENSA (Entertainments
National Service Association, organisme
qui présentait des spectacles pour
distraire le personnel des bases militaires
en Angleterre) dans le baraquement du NAAFI
(Navy Army Air Force Institute, organisme
des forces armées britanniques qui
assure les services de vente au détail
et d’animation sur les bases militaires),
et selon les anciens, bien au-dessus de
la moyenne : un chorus de six filles, qui
ne savaient pas danser, mais bien roulées,
plusieurs chanteurs, des acteurs et un duo
de noirs, voix et piano. Beaucoup des équipages
qui étaient sur l’ordre de
bataille pour cette nuit-là y assistaient;
les autres étaient allé dormir
quelques heures avant de partir. Certains
de ceux qui n’avaient pas dormi prenaient
des « wakie-wakie » tout en
se préparant; on dit que c’est
du sulfate de benzédrine (en fait,
c’est de la caféine).
Pendant qu’on conduit les équipages
à leurs avions, j’ai fait un
tour du périmètre en vélo
avec un des aumôniers protestants,
pour passer voir le plus d’équipes
possibles et leur souhaiter bonne chance
avant le décollage.
C’est une nuit sombre et seul l’aumônier
a une lampe. Le terrain est un champ de
petites lumières bleues et jaunes
qui, vues du ciel, marquent les pistes,
mais d’en bas, on ne distingue rien
de précis.
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Le
Halifax « A » du 432e
escadron au décollage,
East Moor, 12 février 1945 |
| Album
Gérard Pelland, avec l’autorisation
de la famille Pelland. |
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En arrivant sur chacun des emplacements,
on salue les gars. Certains sont vraiment
contents de voir l’aumônier,
d’autres ne s’interrompent que
pour échanger quelques paroles polies.
Le temps passe rapidement et le moment du
décollage (3 h 06) approche. Les
gars s’installent à bord de
leurs appareils mais répondent au
« bon voyage! » de l’aumônier.
Finalement, nous rentrons après
avoir fait tous les appareils du 408e escadron.
Il ne reste que trois minutes et il nous
faut retraverser tout l’aérodrome
pour nous mettre en sécurité.
Je suis aveuglément l’aumônier.
Les moteurs vrombissent de plus en plus
fort. On dirait qu’ils sont en train
de venir se placer sur la piste de décollage
mais ils ne font que tourner de plus en
plus puissamment. Le vacarme nous engloutit,
nous pédalons de toutes nos forces
pour dégager le terrain. À
ma surprise, on y parvient non sans que
l’aumônier ait chuté
après avoir buté dans un tas
de terre.
Nous restons à les regarder : trente-deux
de ces gros appareils décollent l’un
après l’autre. À part
nous, il n’y a personne. C’est
purement une mission de routine.
Sur un vélo emprunté, je
rentre à mon baraquement à
un mille de là et dors un peu. Je
me réveille de temps en temps pour
aller voir la plupart d’entre eux
rentrer. Les premiers sont de retour à
7 h 28.
Les gars sont là à boire
un café et à manger des biscuits;
ils sont sales et fatigués. Des œufs
et du jambon les attendent après
le débriefing.
Chaque équipage est interrogé
séparément par un officier
de renseignement. Quatre officiers sont
assis aux quatre coins d’une grande
salle qui sert à cela, et aussi de
salle de documentation pour le renseignement.
Même si on est en juillet, il y a
un bon feu dans le poêle et la pièce
est agréablement chaude car (comme
d’habitude) il fait frais et humide
dehors. Des bancs ou des chaises pour huit
sont disposés en cercle devant chacun
des officiers de renseignement. Sur la table,
il y a des cigarettes et du chewing-gum
pour les équipages, un don de diverses
organizations au pays.
Après s’être débarrassés
de leur barda de vol et avoir pris un café,
les équipages sont appelés,
dans l’ordre où ils se sont
posés. En arrivant à la table
des officiers de renseignement, chaque homme
rend ses rations d’urgence et les
devises étrangères. Les enveloppes
n’ont pas été ouvertes.
Les gars étaient pas mal contents
de l’attaque sur Caen, certains que
leurs bombes étaient tombées
« en plein dans le mille ».
Après le débriefing, ils
vont au mess pour manger, et ensuite, au
lit !
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