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La naissance du PEACB
Le Canada possède de grands espaces
ouverts situés à bonne distance
de toute intrusion hostile. Sa population,
l’une des plus élevées
parmi les dominions du Commonwealth, constitue
une excellente source de recrues. L’industrie
canadienne jouit d’une infrastructure
qui lui permet de fabriquer des cellules
d’avions d’entraînement,
sinon les moteurs, mais les usines d’avionnerie
américaines, situées à
peu de distance, peuvent combler cette lacune
et produire également des appareils
complets. Il ne fait aucun doute à
la fin des années 1930, alors que
la tension monte en Europe, que le Canada
réunit les conditions idéales
pour former les aviateurs nécessaires
à la défense de l’Empire
britannique.
Cependant, le gouvernement canadien voit
d’un mauvais œil les premières
propositions britanniques en vue d’établir
des écoles de formation aérienne
sur son territoire. Le premier ministre,
l’honorable W.L.
Mackenzie King, refuse de se laisser
entraîner dans la guerre en contribuant
des aviateurs à l’Empire. En
outre, il craint l’intrusion d’une
force militaire impériale qui ne
laisserait pas au Canada la possibilité
de développer sa propre aviation
nationale.
Lord
Riverdale (à gauche) et
W.L. Mackenzie King (à
droite) signent l’accord
du PEACB le 17 décembre
1939. |
| Archives
nationales du Canada, C-016761. |
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La situation change du tout au tout au
moment de la proclamation de l’état
de guerre, le 10 septembre 1939. Le Parlement
canadien ayant voté en faveur de
l’appui à l’effort de
guerre, il doit maintenant choisir la forme
que prendra sa contribution. De toute évidence,
la formation à grande échelle
d’aviateurs en sol canadien apparaît
comme un moyen de contribuer de manière
significative à l’effort de
guerre tout en maintenant au minimum le
nombre de troupes terrestres envoyé
au front. Le gouvernement canadien reçoit
donc favorablement le nouveau projet que
lui propose le premier ministre anglais
Neville
Chamberlain le 26 septembre 1939. Conçu
par Vincent Massey et Stanley Bruce, les
hauts-commissaires canadien et australien
à Londres, ce projet prévoit
la création de 90 écoles susceptibles
de former 50 000 aviateurs, dont 20 000
pilotes. Une délégation anglaise,
dirigée par Lord Riverdale, se rend
à Ottawa à la mi-octobre pour
en régler les détails.
À sa grande surprise, Lord Riverdale
sème la consternation à la
Chambre des Communes en exposant les coûts
de la mise en oeuvre de ce plan. Il demande
au Canada de payer environ 370 millions
de dollars sur un budget prévu de
888,5 millions de dollars. Cette somme paraît
exorbitante aux parlementaires canadiens
qui ne disposent, en 1939, que d’une
maigre somme de 500 millions de dollars
pour la totalité du budget fédéral!
Pendant les semaines qui suivent, des négociations
frénétiques se poursuivent
dans une atmosphère tendue. L’attitude
hautaine et centralisatrice des Britanniques
irrite au plus au point les Canadiens soucieux
de maintenir leur souveraineté. «
C’est incroyable comme ces gens des
Vieux Pays semblent penser que tout ce qu’ils
ont à faire soit de nous dire ce
qu’il faut faire » confie Mackenzie
King à son journal intime. Parmi
les points litigieux, il y a bien sûr
la question du partage des coûts entre
la Grande-Bretagne et les dominions –
le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Il faut surtout régler le problème
épineux de l’article 15 : la
proportion des aviateurs diplômés
affiliés à des escadrons nationaux
comme ceux de l’Aviation royale du
Canada (ARC), de la Royal Australian Air
Force ou de la Royal New Zealand Air Force.
L’entente est enfin signée
aux petites heures de la nuit du 16 au 17
décembre 1939. L’annonce officielle
en est faite dans la journée du 17,
jour du 65e anniversaire de naissance du
premier ministre canadien. Mackenzie King,
un négociateur chevronné aiguisé
par des années d’expérience
dans le monde du travail, avait décidé
de célébrer l’entente
le jour de son anniversaire.
Les objectifs du
Plan
Le Plan d’entraînement des
aviateurs du Commonwealth britannique est
ambitieux. L’accord de 1939 stipule
que le programme d’entraînement
sera similaire à celui de la RAF.
Il y aura trois écoles préparatoires
d’aviation (Initial Training School),
treize écoles de pilotage élémentaire
(Elementary Flying Training School), seize
écoles de pilotage militaire (Service
Flying Training School), dix écoles
d’observation aérienne (Air
Observer School), dix écoles de bombardiers
et mitrailleurs (Bombing and Gunnery School),
deux écoles de navigation aérienne
(Air Navigation School), quatre écoles
de radiotélégraphie (Wireless
School).
Pour chaque période de quatre semaines,
l’accord prévoit la formation
de 544 pilotes, 340 navigateurs et 580 radiotélégraphistes
mitrailleurs. Le Canada fournira 80,64%
des stagiaires, l’Australie, 11,28%
et la Nouvelle-Zélande, 8,08%. Le
Royaume-Uni contribuera pour sa part jusqu’à
10% des stagiaires aux écoles de
pilotage élémentaire et aux
écoles de navigation; sa contribution
comprend les stagiaires en provenance de
Terre-Neuve.
Pour atteindre ces objectifs, le Canada
doit recruter 1 536 hommes par période
de quatre semaines, soit un total de 19
968 recrues par année. Parmi les
diplômés, il pourra retenir
136 pilotes, 34 navigateurs et 58 radiotélégraphistes
mitrailleurs par mois pour former les escadrons
de l’Effectif de guerre territorial.
Les premiers diplômés canadiens
resteront au Canada pour augmenter le corps
enseignant des écoles du PEACB, au
lieu d’être assignés
outre-mer.
Pour donner aux stagiaires l’expérience
de vol suffisante, il faut 3 540 avions
: 702 Tiger Moth et Fleet Finch, 720 North
American Harvard, 1 368 Avro Anson et 750
Fairey Battle. La Grande-Bretagne s’engage
à fournir une partie importante de
ces appareils.
Quelque 33 000 militaires et 6 000 civils
sont nécessaires à l’enseignement,
à l’administration et à
l’entretien des diverses composantes
du PEACB.
L’entente signée en décembre
1939 doit prendre fin en mars 1943. Le coût
total de mise en œuvre du Plan est
estimé à 607 271 210 $CAN.
La Grande-Bretagne accepte d’y contribuer
pour 185 M $CAN en matériel. Le Canada
doit défrayer le coût des écoles
préparatoires, soit 66 146 048 $CAN.
Il reste 356 125 162 $CAN à partager
entre les trois dominions selon leur proportion
de stagiaires. Pour le Canada, cela représente
287 179 331 $CAN.
Le Canada peut-il, avec l’aide de
la Grande-Bretagne et des dominions alliés,
réaliser un projet d’une telle
envergure? Oui, non seulement le PEACB atteindra
ses objectifs, il ira au-delà.
La mise en uvre du Plan
Le 3 octobre 1939, l’ARC et le ministère
des Transports concluent une entente cruciale
pour le développement accéléré
des infrastructures nécessaires au
PEACB. Le ministère des Transports
devient responsable du choix des sites et,
sur approbation de l’ARC, il prépare
les terrains d’atterrissage. Pour
sa part, l’ARC prend en main la conception
des lieux et la construction des bâtiments.
La sélection des sites et les levés
topographiques commencent avant même
la signature du PEACB.
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Architectes
et dessinateurs travaillent
fébrilement aux plans
des nouvelles infrastructures
du PEACB au quartier général
de l’Aviation à
Ottawa.
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| Service
d'imagerie de la Défense
nationale, PL 522. |
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Le PEACB nécessite locaux et terrains
d’aviation pour soixante-quatorze
écoles. Les sites doivent offrir
des approches sécuritaires, ils doivent
être suffisamment grands, bien drainés,
offrir un accès facile aux services
publics. Ils doivent aussi posséder
une bonne source d’eau potable. Les
terrains d’aviation du PEACB requièrent
généralement une piste principale
et deux pistes auxiliaires. Parmi les sites
sélectionnés, vingt-quatre
sont déjà développés
et ne requièrent que l’addition
de bâtiments; dix-huit d’entre
eux serviront de bases aux premières
écoles du Plan. Les autres nécessitent
d’importants travaux de construction.
Une tâche colossale commence : 1,75
millions de bleus sont produits, 33 000
dessins sont choisis, 8 300 bâtiments
sont construits.
En février 1940, le PEACB est placé
sous les ordres du commodore de l’Air
Robert
Leckie. Puis, en novembre, la division
de l’Entraînement dont relève
le PEACB est élevée au niveau
de quartier général de l’Aviation.
Quatre commandements distincts se divisent
les responsabilités de mise en application
du PEACB selon leur implantation géographique.
Le Commandement de l’entraînement
no 1, dont le quartier général
se situe à Toronto, couvre le centre
de l’Ontario; le Commandement no 2,
avec un quartier général à
Winnipeg, s’étend du nord de
l’Ontario au nord de la Saskatchewan,
incluant le Manitoba. Le Commandement no
3 comprend l’est de l’Ontario,
le Québec et les Maritimes; son quartier
général est à Montréal.
Le sud de la Saskatchewan, l’Alberta
et la Colombie-Britannique relèvent
du Commandement no 4 dont le quartier général
se situe à Calgary. Chaque commandement
possède ses propres bureaux de recrutement
et services d’approvisionnement.
Les résultats
Un
Fairchild Cornell survole l’École
de pilotage élémentaire
no 19 de Virden (Manitoba) en
octobre 1944. |
| Photo
par Nicholas Morant. Ministère
de la Défense nationale
/ Archives nationales du Canada,
PA-169141. |
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Le PEACB entre en opération le 29
avril 1940, deux semaines avant que Hitler
ne déclenche la guerre éclair
contre la Hollande, la Belgique et la France.
Les premiers pilotes, au nombre de trente-neuf,
sont diplômés le 30 septembre
1940 au Camp Borden en Ontario. Les premiers
observateurs aériens reçoivent
leur insigne à Trenton, en Ontario,
le 24 octobre.
Ils sont âgés
de 18 à 28 ans, la majorité
n'ont pas encore 20 ans. Ils ont choisi
l’Aviation de préférence
à l’Armée ou à
la Marine. La plupart d’entre eux
partagent un rêve : ils s’imaginent
fendant le ciel aux commandes d’un
puissant avion, engagés dans un combat
mortel contre les suppôts du Führer.
La tâche du PEACB est de diriger ces
milliers de jeunes recrues vers un métier
qui convient à leurs habilités,
de les discipliner sans émousser
leur témérité, de leur
transmettre le savoir-faire pour mener à
bien des opérations aériennes
dangereuses, de leur inculquer les réflexes
qui sauveront leur vie et celle de leurs
coéquipiers. Le
programme d'entraînement du PEACB
Au 1er septembre 1941, les seize écoles
de pilotage militaire prévues dans
l’accord initial sont en fonction;
cela représente un gain de sept mois
sur le calendrier prévisionnel. À
la fin de 1941, quatre mois avant l’échéance
prévue, toutes les écoles
sont construites à l’exception
d’une école de bombardiers
et mitrailleurs qui n’est pas encore
nécessaire. Le PEACB a accueilli
36 609 recrues depuis avril 1940; un gain
considérable sur les prévisions
de 25 120.
À l’été 1940,
seule contre l’envahisseur nazi, la
Grande-Bretagne est contrainte de cesser
ses livraisons d’avions d’entraînement
Avro Anson. Le Canada doit immédiatement
trouver une nouvelle source d’approvisionnement
faute de condamner le PEACB. À Ottawa,
le ministre des Munitions et de l’approvisionnement,
C.D. Howe, se lève solution en main
: le Canada construira sa propre version
de l’Anson, modifié pour recevoir
un moteur Jacobs de fabrication américaine.
Ce n’est pas un mince défi
pour une nation qui ne possède qu’un
embryon d’industrie aéronautique.
Au total, la production canadienne d’avions
d’entraînement pendant les six
années de guerre s’élèvera
à 8 076 appareils, des Anson, Harvard,
Tiger Moth, Finch et Cornell.
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La
« Wing Parade » ou
cérémonie de remise
des insignes à l’École
de pilotage militaire no 2, à
Uplands, près d’Ottawa,
vers 1943. |
| Archives
nationales du Canada, PA-125993. |
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Le 5 juin 1942, un nouvel accord est signé
entre la Grande-Bretagne, le Canada et les
nations alliées pour prolonger le
PEACB jusqu’au 31 mars 1945. Cet accord
donne au Canada un contrôle accru
sur le plan d’entraînement en
plus de réviser les quotas d’élèves
fournis par les pays participants. Par ailleurs,
il permet des modifications au programme
de formation, modifications rendues nécessaires
par l’évolution de la guerre
aérienne au Royaume-Uni et en Europe.
La guerre aérienne intensive que
mènent les Alliés contre l’Allemagne
à compter de 1940 coûte très
cher en vies humaines et en matériel.
Le succès continu du PEACB assure
la quantité et la qualité
de pilotes, navigateurs, bombardiers, radiotélégraphistes,
mitrailleurs et ingénieurs de vol
nécessaires aux opérations
de chasse, de bombardement et de lutte anti-sous-marine.
En 1944, la RAF et les aviations alliées
prennent le dessus sur la Luftwaffe et établissent
leur supériorité aérienne
au-dessus de l’Europe. Désormais,
moins d’aviateurs sont tués
ou blessés au cours des sorties aériennes.
Avec la diminution du besoin en aviateurs,
le PEACB commence à réduire
le nombre de stagiaires en formation. À
la fin de 1944, le PEACB prépare
l’arrêt de ses opérations.
Le Plan d’entraînement des
aviateurs prend fin le 31 mars 1945, après
avoir reçu 159 340 élèves.
De ce nombre, 131 553 aviateurs, dont 49
507 pilotes, ont complété
leur formation avec succès. Ils se
répartissent entre la Royal Air Force
(42 110), l’Aviation royale du Canada
(72 835), la Royal Australian Air Force
(9 606) et la Royal New Zealand Air Force
(7 002). Les 72 835 aviateurs de l’ARC
comprennent 25 747 pilotes, 12 855 navigateurs,
6 657 bombardiers, 12 744 radiotélégraphistes
mitrailleurs, 12 917 mitrailleurs et 1 913
ingénieurs de vol. Des aviateurs
en provenance de Terre-Neuve, de la France
libre, de la Pologne et d’autres nations
en guerre ont aussi profité de la
formation du PEACB.
Grâce au PEACB, des dizaines de milliers
de jeunes hommes de nationalités
diverses – Canadiens, Australiens,
Néo-Zélandais, Britanniques
– s’installent pour des périodes
plus ou moins longues un peu partout au
Canada, là où leur formation
les appelle. Ici et là, des stagiaires
logent chez des familles. Militaires et
civils participent à la vie locale,
fréquentant restaurants, dancings,
églises et autres attraits des localités
voisines de leurs bases. Des liens d’amitiés
se tissent, et bien plus : on estime à
3 750 le nombre de mariages entre des Canadiennes
et des militaires étrangers participant
au PEACB.
Le coût total du PEACB se chiffre
à 2 231 millions de dollars canadiens,
la part du Canada s’élevant
à 1 589 millions. Les dépenses
encourues pour la construction de bâtiments
et de pistes, la fabrication d’avions,
d’outils et de véhicules, l’achat
de nourriture, d’électricité,
les contrats d’entretiens, ont procuré
du travail à la population civile
et constitué un important facteur
de relance économique dans les localités
voisines des écoles du plan et dans
l’ensemble du pays.
Le bilan du PEACB, que ce soit sur le plan
militaire, social ou économique,
est impressionnant. Le Canada est devenu
« l’aérodrome de la démocratie
» déclarait le président
américain Franklin
Roosevelt le 6 novembre 1941. Il avait
raison.
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