La guerre !

Le 23 août 1939, l'Allemagne profondément anti-communiste étonne le monde en annonçant un pacte avec l'U.R.S.S. L'accord Ribbentrop-Molotov, du nom des signataires, contient une entente de non-agression, un traité commercial et un protocole secret pour la division de la Pologne entre les deux puissances. Pour la Grande-Bretagne et la France, même dans l'ignorance des clauses qui concernent la division de la Pologne, il ne reste plus de doute : le sort de celle-ci vient d'être joué. Contrairement aux attentes de Hitler, la Grande-Bretagne ne cède pas. Le 24 août, elle signe une entente d'appui mutuel avec la Pologne. Le Parlement britannique se réunit et décrète l'état d'urgence.

Au Canada, le premier ministre Mackenzie King crée un Conseil d'urgence le 30 août. Le 1er septembre, le Conseil d'urgence convie le Parlement en session spéciale, il décrète les Mesures de guerre et il mobilise les forces armées.

Le même jour, après des négociations avortées, les blindés et les bombardiers des forces allemandes entrent en territoire polonais. Le 3 septembre, à 9 heures, le gouvernement britannique somme Hitler d'amorcer le retrait de ses troupes dans les deux heures qui suivent. À 11 heures, le gouvernement français somme aussi Hitler de retirer ses troupes.

Je m'adresse à vous de la salle du Cabinet au 10 Downing Street. Ce matin, l'ambassadeur britannique à Berlin a remis au gouvernement allemand une note finale déclarant qu'à moins que nous ne soyons informés au plus tard à 11 heures qu'ils étaient prêts à retirer immédiatement leurs troupes de la Pologne, il y aurait état de guerre entre nous. Je dois vous informer maintenant qu'aucun engagement n'a été reçu à cet égard et que, par conséquent, ce pays est en guerre avec l'Allemagne.
- Neville Chamberlain, 3 septembre 1939 (traduction)

La Seconde Guerre mondiale est commencée.

À l'exception du dominion de Terre-Neuve, qui ne fait pas encore partie de la Confédération canadienne, le Canada n'est pas encore en guerre. Pour la population, il y a peu de doute sur la décision du Parlement : le Canada participera à la guerre aux côtés de la Grande-Bretagne. Mais quelle forme prendra cette participation ? Y aura-t-il conscription ? Une atmosphère fébrile traverse le pays, des vétérans de la Première Guerre et des jeunes offrent déjà de s'enrôler. Dans l'attente, la tension est palpable.

Le 3 septembre 1939, le premier ministre W.L. Mackenzie King (à droite du microphone) et le ministre de la Justice Ernest Lapointe (à gauche du microphone) s'adressent à la nation canadienne sur les ondes de Radio-Canada, King en anglais et Lapointe en français.
Office national du film / Archives nationales du Canada, C-016770.  

Le Parlement canadien se réunit en session spéciale le 7 septembre. Dans son allocution, le lendemain, Mackenzie King fait le bilan de la situation et propose la proclamation de l'état de guerre. Il prévoit que le Canada prendra les mesures nécessaires à la défense et à la sécurité de son territoire, qu'il collaborera étroitement avec la Grande-Bretagne, qu'il contribuera à l'approvisionnement en équipement militaire et en nourriture. King se refuse pour le moment d'élaborer un plan d'action, si ce n'est la mention d'un programme de formation d'aviateurs et l'expansion des installations aériennes et navales. Il ne fait nulle mention d'envoi de troupes ou de conscription. Devant la gravité du moment, les dissensions au sein de la Chambre des Communes sont mises de côté et le Parlement vote presque à l'unanimité l'engagement du Canada dans la guerre. Le 10 septembre, l'état de guerre est proclamé.

Des avions allemands poursuivaient le bombardement et la dévastation à grande échelle de la Pologne aujourd'hui, pendant que l'Armée polonaise tentait d'établir une nouvelle ligne de défense le long de la Vistule. On estime qu'un million d'hommes sont massés sur la rive est de la Vistule, alors que d'autres se préparent à assurer la défense de la région de la rivière Bug.
- The Globe and Mail, Toronto, 11 septembre 1939.

'Si nous ne gagnons pas cette guerre sur les rives du Rhin, nous allons devoir combattre sur les rives du Saint-Laurent'. Laconique, logique, n'acceptant aucun compromis, le très honorable Arthur Meighen [chef de l'opposition], a fait comprendre aux Canadiens, hier à l'assemblée de la Chambre du Sénat, la signification du conflit anglo-français contre l'Allemagne. Le seul ministre de la précédente guerre encore au Parlement, M. Meighen a déclaré qu'une défaite sur le Rhin équivaudrait à la fin du monde 'tel que nous l'avons connu'.
- The Globe and Mail, Toronto, 11 septembre 1939.

Jusqu'à présent, le peuple du Canada a été informé que notre pays a officiellement déclaré la guerre à l'Allemagne et qu'il n'y aura pas de conscription, deux faits que l'on anticipait et qui n'ont créé aucune surprise. Aujourd'hui on entre dans la partie la plus importante; la part que le peuple canadien est appelée à payer, dès le début; la façon dont le gouvernement prélèvera le revenu, le taux d'intérêt que le gouvernement paiera sur les obligations nationales. Il est officiellement annoncé, ce matin, que le gouvernement demandera au Parlement l'autorisation d'obtenir $100,000,000.
- La Presse, Montréal, 11 septembre 1939.